Vous êtes ici : » Asie du Sud-Est » Indonésie
Bulletin EDA n° 470 du 01/10/2007
Le 18 septembre dernier, à Kosadi, village du district de Surat, des représailles contre des musulmans ont eu lieu après que des musulmans eurent tué un membre d’une organisation d’extrême-droite hindoue de protection des vaches, venu réaliser une enquête qui a mal tourné sur l’abattage d’un veau par les villageois. Une loi interdit, en effet, l’abattage des bovins, animal sacré de l’hindouisme. Toutefois, selon des musulmans du village, l’abattage du veau a été planifié par des éléments extérieurs du village, afin de provoquer des troubles interreligieux.
Le décès d’un hindou de l’association a alors mis le feu aux poudres. Une foule d’hindous s’en est pri-se aux propriétés et à la population musulmanes de la région. En deux jours, les violences se sont pro-pagées dans toute la partie méridionale de l’Etat. Bien qu’aucune victime ne soit à déplorer, plus d’une centaine de villageois musulmans ont fui la zone de tensions pour se réfugier dans les régions majori-tairement musulmanes du Gujarat, rapporte l’ONG Act Now for Harmony And Democracy (ANHAD).
Selon le jésuite Cedric Prakash (1), ces émeutes « semblent être orchestrées en vue des élections législatives qui auront lieu à la fin de l’année », le Gujarat ayant déjà connu, par le passé, des orches-trations de violences pré-électorales de ce type. « Au lieu de protéger les vaches, le gouvernement ferait mieux de se consacrer à la défense des droits des aborigènes, de lutter contre les injustices dont sont victimes les communautés minoritaires et de s’assurer que la paix et l’harmonie sont maintenues », a-t-il ajouté.
Aux dernières élections législatives, en 2002, le Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien), le parti nationaliste hindou, avait remporté une large victoire à la Chambre basse en obtenant la majorité absolue. Ces élections avaient eu lieu après plusieurs mois de violences entre hindous et musulmans (2), où l’attitude des autorités de l’Etat avait été mise en cause par différentes enquêtes.
D’après une militante de l’ANHAD qui s’est rendue dans plusieurs villages touchés par les récentes émeutes, les « fanatiques hindous » ont agi presque de la même manière que lors des pogroms de 2002, à ceci près que, cette fois-ci, l’intensité des violences a été moindre, chaque village « étant touché l’un après l’autre », afin d’éviter l’intervention du gouvernement fédéral.(1) Le P. Cedric Prakash est très impliqué dans la défense des droits des minorités ethniques de l’Etat. A ce sujet, voir EDA 454
(2) En 2002, des violences antimusulmanes avaient débuté suite à l’incendie d’un train revenant d’Ayodhya, à la gare de Godhra, incendie qui avait fait 58 morts et avait été attribué à des musulmans. L’affaire dite ‘de Best Bakery’ fut une des premières représailles menées par des hindous à l’encontre des musulmans. Ces violences contre la population musulmane ont, à l’époque, fait près de 2 000 morts, ainsi que 100 000 sans-abri. Voir EDA 349, 350, 351, 354, 365, 379, 402, 407, 416 et 441