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COREE DU SUD - KIOSQUE - Jésus et Confucius

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Jésus et Confucius

Jésus et Confucius

Evêque émérite du diocèse d’Andong (1969-1990), Mgr René Dupont est missionnaire en Corée du Sud depuis 1954.

Choi Ki-Sub et Kim Hyeong-Ki, traduit du coréen par Kim Hyeon-ju préface de Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis Bayard, octobre 2007, 205 pages

Il est courant ici, en Corée du Sud, de dire que quatre personnalités ont marqué l’histoire de l’humanité : Jésus, Socrate, Çakyamuni (Bouddha) et Confucius. On nomme Jésus le premier, même si les trois autres ont vécu quelque cinq siècles avant lui, et Confucius le dernier. Mais, pour des Occidentaux, Confucius n’est-il pas bien loin ?

 

            Et pourtant, comme le dit si bien Mgr de Berranger, qui a préfacé le livre Jésus et Confucius, tout l’Extrême-Orient est profondément marqué par Confucius : « héritage considérable puisqu’il a pénétré tout particulièrement la langue et toutes les strates de la vie familiale et sociale, des plus profondes aux plus ordinaires (...). Il ne peut être extirpé de l’âme d’un peuple ».

 

            Un universitaire et un prêtre catholiques coréens ont écrit, pour une revue mensuelle, de courts articles sans prétention. Sous-titrés Voie des Entretiens et chemin de l’Evangile, ce sont des réflexions sur leur foi chrétienne, menées à la lumière de leur héritage culturel marqué par Confucius. Ils se découvrent disciples de Jésus et de Confucius, sans qu’il y ait contradiction ; au contraire, ils se sentent « en harmonie » avec les deux. Ils voient bien les points communs mais, tout aussi bien, les différences. Ils sont intelligents, cultivés, mais leur texte n’est pas une étude comparative. Ils constatent simplement que leur foi chrétienne est teintée de couleur confucéenne et ils en sont heureux. Au risque de simplifier, on pourrait écrire qu’ils sont bien dans leur peau : Confucius les aide à être de bons chrétiens et ils lui en sont reconnaissants.

 

            Si aujourd’hui, en Corée du Sud, la religion chrétienne qui, historiquement, a été longtemps considérée comme une religion étrangère, n’est plus perçue comme telle, c’est que l’inculturation s’est bien faite. Les deux auteurs ont simplement le mérite d’avoir su le dire en toute simplicité et d’aider leurs lecteurs à se sentir bien coréens et bien chrétiens.

 

            Certes, les articles ne se suivent pas logiquement. Il y a des redites ; certains sont plus intéressants, d’autres moins. Ces articles, à l’origine, n’étaient pas destinés à être lus à la suite, dans un recueil de 200 pages. Les auteurs ne se sont même pas consultés à l’avance !

 

            La traduction française pose quelques problèmes. D’abord parce que les articles en question sont pensés dans une culture et un contexte véritablement différents des nôtres. La France et la Corée sont situées géographiquement et culturellement à l’extrême occident et à l’extrême orient du continent eurasien ! Certaines explications consistent à décortiquer des caractères chinois : pour quelqu’un qui n’a pas appris à les décrypter, c’est là un véritable casse-tête chinois ! Ensuite parce que le titre même peut laisser croire à un Français que l’ouvrage est une étude claire et ordonnée sur Jésus et Confucius. Les Français sont supposément cartésiens, méthodiques et rationnels ! Tiens, eux aussi, ils ont été influencés, dans leur histoire, par un certain Descartes,  mais ils ne s’en rendent pas compte, bien sûr ! Et lorsqu’ils sont chrétiens, leur christianisme aussi est teinté, entre autres, à la couleur de Descartes. Ce qui montre que les auteurs du livre parlent pour eux mais que leur méthode d’analyse est valable pour d’autres.

             Au lecteur qui souhaite être dépaysé, à celui qui voudrait comprendre un petit peu mieux comment, inconsciemment, nous sommes tous profondément influencés par notre héritage culturel, la lecture de cet ouvrage, non d’un seul coup mais par petites touches, en butinant l’un ou l’autre de ces textes, est recommandée. Les croyants découvriront peut-être aussi que leur christianisme est fortement influencé par leur histoire et le milieu dans lequel ils vivent : ces données sont comme un terreau où le chrétien puise ce qui le fait vivre... et heureux s’il se découvre bien lui-même dans l’accueil de Jésus !