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SRI LANKA - POUR APPROFONDIR - « L’Eglise a un rôle important à jouer dans le processus de paix »

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Mgr Harold Anthony Perera © Ucanews

Mgr Harold Anthony Perera © Ucanews

Mgr Harold Anthony Perera, évêque catholique de Galle, ville de la côte sud-ouest du Sri Lanka, où la population est majoritairement cinghalaise, est président de la Commission ‘Justice, Paix et Développement humain’ de la Conférence des évêques catholiques du Sri Lanka. Très impliqué dans la recherche d’une solution pacifique à la guerre civile qui mine son pays depuis 1983, il s’est rendu, du 7 au 10 janvier 2008, dans la péninsule assiégée de Jaffna, dans le nord-ouest du pays, où il a pu se rendre compte des mesures de sécurité draconiennes et des privations dont souffre la population locale, essentiellement tamoule. L’interview ci-dessous a été diffusée le 24 janvier 2008 par l’agence Ucanews. La traduction est de la rédaction d’Eglises d’Asie.

Ucanews : Quelle est la situation actuelle à Jaffna ?

Mgr Harold Anthony Perera : Lorsque vous sortez de l’avion à l’aéroport de Palali, chaque personne doit être fichée et photographiée. Les civils sont escortés en bus jusqu’à Jaffna par du personnel de l’aéroport, pendant que les bagages sont transportés dans un autre véhicule. Des soldats, chargés de la sécurité, sont en poste le long des routes. Lorsqu’un convoi armé se déplace, les routes sont fermées. La population civile, obligée à ne se déplacer que durant la journée, utilise donc des petites routes, ce qui est très peu commode.

 

De manière générale, on trouve des denrées alimentaires en quantité suffisante, mais les prix sont élevés du fait des problèmes de transport et du coût de la main d’œuvre. La population manque de matériaux de construction. Certaines habitations qui ont été construites après le tsunami ne peuvent être occupées car elles se trouvent en zones de haute sécurité (NDLR : à l’accès étroitement contrôlé par l’armée). La situation est très difficile pour les pêcheurs, du fait des nombreuses restrictions et notamment du couvre-feu en vigueur.

 

Avec la fin du cessez-le-feu (1), quels sont les défis pour l’Eglise ?

L’Eglise catholique a toujours œuvré pour la paix. Notre position est celle d’un seul pays, mais nous croyons en la décentralisation du pouvoir, sous quelque forme que ce soit. L’Eglise a eu différentes occasions de le rappeler aux gouvernements successifs et au LTTE. Même sans accord de cessez-le-feu, l’Eglise continuera à plaider en faveur de la paix. Les membres de l’Eglise catholique sont également des citoyens de ce pays. Ils ont, eux aussi, le devoir de soutenir une solution juste.

 

Le président Mahinda Rajapakse et plusieurs ministres du gouvernement se sont exprimés clairement sur le fait que, même sans accord de cessez-le-feu, ils resteront ouverts à la négociation et prêts à trouver une solution politique. Quelle difficulté existe-t-il donc à faire pression pour la paix ? Bien entendu, ceux qui ne pensent qu’à faire la guerre n’approuvent pas la position de l’Eglise. Ce sera un grand défi pour elle lorsqu’elle tentera d’apporter sa pierre à la construction de la paix. Mais le défi majeur pour l’Eglise reste de réussir à convaincre les deux parties au conflit de déposer les armes pour le bien des innocents, des civils qui souffrent, puis d’avancer vers des négociations.

 

De quelle manière la fin du cessez-le-feu touche-t-elle les civils dans le nord du pays ?

Les habitants nous ont peu parlé de la fin du cessez-le-feu. Ce qu’ils souhaitent, c’est avant tout le retour à la paix afin d’arrêter de souffrir et de pouvoir vivre paisiblement. Ces personnes endurent cette situation depuis plus d’un quart de siècle.

 

Quelles sont les répercussions des changements en matière de cessez-le-feu sur les différentes activités de l’Eglise ?

L’Eglise agit par l’intermédiaire de la Caritas, le « bras social » de la Conférence épiscopale, et elle apporte une aide de première nécessité. Le gouvernement et les forces armées ont toujours coopéré.

 

Dans quelle mesure peut-on espérer que la voix de l’Eglise soit entendue dans le processus de paix ?

Comme je l’ai déjà dit, l’Eglise a un rôle à jouer dans le processus de paix, pour la simple et bonne raison que les chrétiens sont présents dans les deux communautés, tamoule et cinghalaise. Par conséquent, l’Eglise pourrait jouer un rôle important en la matière, malgré des critiques à son égard provenant de différents milieux. Si le gouvernement propose une solution réalisable, alors l’Eglise pourra se pencher sur les contributions à apporter. Mais rien ne pourra se faire tant que des éléments tangibles ne seront pas proposés et discutés. La décision finale doit venir du gouvernement.

 

Que pensez-vous personnellement du cessez-le-feu ?

Quels que soient les arguments juridiques, il a été bénéfique à la population qui pouvait se déplacer du nord au sud du pays. Certains enfants n’avaient jamais voyagé en train. Ils pensaient que les gens du Sud allaient les agresser. Du fait de ces voyages et échanges, facilités par le cessez-le-feu alors en vigueur, la manière de penser des Tamouls a évolué : ils sont devenus plus positifs envers les Cinghalais et leur hostilité envers les forces armées a commencé à s’estomper.

 

Est-ce que l’intervention de médiateurs internationaux pourrait aider à débloquer la situation ?

Oui, des médiateurs internationaux peuvent nous aider en permettant que les parties au conflit se réunissent pour arriver à une solution viable et à un consensus. En même temps, ils doivent arriver à faire comprendre au LTTE que la partition du pays ne sera jamais une réalité mais qu’ils doivent venir s’asseoir à la table des négociations, pour au moins discuter. Les deux parties doivent pourvoir aussi aider les médiateurs, c’est à double-sens.

 

Pourquoi cette guerre a-t-elle commencé ?

Dans l’histoire du Sri Lanka, on peut noter différentes injustices faîtes aux Tamouls. Ce n’était pas nécessairement des injustices majeures, mais le gouvernement n’a pas forcément géré ces problèmes de manière positive et, parfois, il a fait preuve d’indifférence. Ces problèmes se sont envenimés au fur et à mesure que les années passaient, et ils ont amené de jeunes Tamouls à prendre les armes. Aujourd’hui, la situation a empiré.

 

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles à la fin de la guerre ?

Parmi les différents partis politiques, il n’existe pas de consensus sur les propositions qui ont été faites par les gouvernements successifs et, jusqu’à présent, ils ont été incapables de s’entendre. Le LTTE, de son côté, n’établit pas de communication directe avec le gouvernement, c’est également un obstacle majeur.

 

Comment avez-vous été personnellement impliqué dans cet appel pour la paix ?

La Conférence épiscopale du Sri Lanka a créé une Commission pour la paix avec deux évêques du Nord et deux évêques du Sud. Puis nous avons repris les thèmes abordés avec la Commission nationale pour la Justice, la Paix et le Développement humain.

 

Je me suis rendu dans le nord du pays à plusieurs reprises. Si j’ai rencontré le président et plusieurs membres du gouvernement, dont des personnalités de différents partis politiques, je n’ai encore jamais eu l’opportunité de m’entretenir avec le LTTE. Une réunion avait été programmée, mais, au dernier moment, elle a été annulée. J’ai discuté de ce problème avec le clergé, des religieux et d’autres personnes de Jaffna. Nous avons invité certains d’entre eux à se rendre dans le sud du pays pour qu’ils puissent exprimer leur point de vue et partager les souffrances qu’endurent leurs fidèles auprès des autorités compétentes, dont le président de la République. Je suis sûr que le président sera intéressé d’écouter leur témoignage.

 

Comment voyez-vous l’avenir ?

L’avenir reste incertain pour le moment. Cela ne signifie pas que nous ne devons pas garder espoir. Si tous les hommes et les femmes de ce pays retournent aux enseignements sacrés de leurs fondateurs, alors ils pourront commencer à penser d’une nouvelle façon et coopérer pour trouver une solution durable.

(1) Le 16 janvier 2008, le gouvernement a officiellement déclaré la fin du cessez-le-feu, en vigueur depuis février 2002 mais très largement violé ces deux dernières années.